La guerre dissimulée contre les sahraouis.

Esteban Silva Cuadra
 
Le 20 mai, il y aura 48 ans depuis le début de la lutte armée de libération sahraoui, entamée par le Front Polisarioicontre le colonialisme espagnol pour l'indépendance du Sahara Occidental en Afrique du Nord.
 
À la suite du décès du dictateur Franco, l’Espagne s’retirée du Sahara Occidental sans assumer sa responsabilité comme ex-puissance coloniale dans sa décolonisation et le Maroc, avec son ambition expansionniste et avec la complicité de la France et les Etats-Unis a illégalement envahi le territoire sahraoui. Il s'est agi d'une opération militaire dissimulée connue comme Marche Verte qui leur a permis d'envahir illégalement le Sahara Occidental. Devant cette nouvelle situation, le Front Polisario a réaffirmé et a continué sa lutte independantiste contre le nouvel envahisseur colonial : Une dynastie alaouite avec caractéristiques féodales et expansionnistes protégée par des pays européens ex coloniales comme la France fortement alignée avec le gouvernement américain en ces temps de guerre froide.
 
Au milieu du conflit armé avec le Maroc, le Front Polisario a proclamé en 1976 l'indépendance de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) reconnue aujourd'hui par plus de 84 pays et qui intègre l'Union Africaine. La rupture unilatérale du cessez-le-feu, par le Maroc, le 13 novembre 2020, a récemment déchaîné à nouveau la guerre dans le Sahara Occidental, aggravée par des décennies de stagnation du processus de paix, après le cessez-le-feu de 1991 entre le Front Polisario et le Maroc, ce qui devait se concrétiser par un Referendum d'Autodétermination pour le peuple sahraoui.
 
Cela fait déjà 5 mois que la guerre a commencé et les affrontements se sont intensifiés dans le "mur de la honte", contruit par l'armée marocaine (avec technologie israelienne), qui a une longueur de 2.720 kilomètres. Un mur fortement blindé qui a été construit pour séparer les villes sahraouies sous occupation des territoires sous contrôle du Front Polisario.
 
Depuis le déclenchement de la guerre, l'Armée Populaire de Libération sahraouie a intensifié les attaques et les bombardements aux positions marocaines, en effectuant des incursions dans le territoire contrôlé par le Maroc, en leur causant des pertes et des baisses. Une situation niée, réduite au silence et occultée par les médias contrôlés par la monarchie. Celle qui a additionnellement déployé une campagne internationale millionnaire dans les médias (incluant en effet, le Chili) en essayant de dissimuler le nouvel éclatement de guerre d'indépendance sahraoui et en présentant le Sahara occupé comme une partie de son territoire.
 
L'ONU est restée passive et paralysée pour presque 30 ans étant donné le non-respect des accords souscrits entre le Maroc et le Front Polisario, ceux qui stipulaient la réalisation d'un referendum d'autodétermination qui permettrait au peuple sahraoui d'atteindre pacifiquement son indépendance. La Mission des Nations Unies pour le referendum du Sahara Occidental (MINURSO) a été créée pour garantir la réalisation du referendum d'autodétermination sahraoui, referendum bloqué jusqu'à aujourd'hui par le Maroc. La France a utilisé, à plusieurs reprises son droit de veto dans le Conseil de Sécurité des Nations Unies  contre les résolutions qui cherchent à doter à la MINURSO d'un mandat pour garantir le respect des droits de l'homme de la population sahraouie dans les villes occupées de Laâyoune, Dakhla, Boujdour et Smara. Avec la reprise de la guerre, le Maroc a augmenté la répression et les détentions arbitraires contre les sahraouis et a réactivé les jugements des prisonniers politiques sahraouis dans des tribunaux militaires marocains. Il a aussi empêché les avocats et les défenseurs de droits de l'homme qui défendent à la population sahraouie en captivité, d'entrer dans le territoire occupé.
 
La guerre et la violence dans le Sahara Occidental s'étendent et on ne voit aucune mesure concrète des Nations Unies pour faire face à cette grave situation. Même la Haute-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, Dr. Michelle Bachelet Jeria, a récemment admis que « certaines parties nous ont empêchées d'attirer l'attention de la Communauté internationale sur la situation des droits de l'homme dans le Sahara Occidental »ii. Une reconnaissance implicite de la pression constante exercée par le Maroc et ses alliés occidentaux ( auxquels s'ajoute maintenant activement Israël) pour empêcher que l'ONU joue bien son rôle en défense des droits du peuple saharaoui qui vit sous la botte coloniale dans plein XXI siècle. La réunion sur le Sahara Occidental spécialement convoquée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 21 avril 2021, a été un échec complet, avec nul résultat. Le Maroc avec l'appui de la France continue à bloquer toute possibilité d'avancer dans le respect de la légalité internationale pour garantir le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
 
À 48 ans de la fondation du Front Polisario et du début de la guerre anticolonialiste sahraouie, la guerre a recommencé dans le Sahara Occidental. Et, par conséquent, il est urgent de multiplier au Chili, en Amérique latine et dans le monde entier la mobilisation et la solidarité des peuples en appui à la lutte juste livrée aujourd'hui, en plein XXI siècle, par le Front Polisario pour son droit inaliénable d'exister comme pays indépendant et souverain.